l'avant scène cinéma

Deux pianos

Deux pianos

Arnaud Desplechin, nous l’avons tant aimé. Pour une génération entière, celle des années 1990, il fut, de La Sentinelle à Un conte de Noel, le grand auteur français, celui dont on suivait chaque long métrage, et dont les œuvres semblaient être un miroir parfait de l’époque, de nos propres préoccupations.


Puis, la chute, inexplicable, telle une rock star ayant subitement perdu ce qui faisait le sel de sa musique, il s’est mis à recycler des figures, des scènes, des personnages, qu’il réinvitait dans ses films mais vidés de leur intensité.

Chaque nouveau film est l’occasion d’espérer un retour en grâce auquel on va bien devoir renoncer. Deux Pianos souffle à cet égard le chaud et le froid, en se scindant en deux parties.

La première reprend le schéma romanesque du génie amoureux et rejeté (Rois et Reines) avec un manque de conviction étonnant, dans une répétions mécanique de ce qui avait fait sa grandeur. En parallèle de ce film, un autre récit cohabite, sur la relation entre le personnage principal un pianiste brillant qui s’est exilé pour fuir la femme de son meilleur ami (refrain peu original), et sa professeure, une musicienne extraordinaire, torturée, à la fois déçue et fascinée par son disciple réfractaire ; Dans leur rapport, la cruauté mêlée d’amour qui fut la marque du réalisateur ressurgit subitement.

Le visage de Rampling, son amertume, sa violence, contrastant avec le regard parfois déçu mais aussi aimant qu’elle pose sur le protagoniste, incarné avec conviction par François Civil. Le talent de Desplechin se ressent alors enfin à nouveau, relançant le fol espoir d’un vrai grand film dans un horizon potentiel.


Pierre-Simon Gutman

Film français d’Arnaud Desplechin (2025), avec François Civil, Nadia
Tereszkiewicz, Charlotte Rampling, Hippolyte Girardot. 1h55.

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