Météors

Ce n’est pas un hasard si Hubert Charuel situe son nouveau film en Haute-Marne : c’est là qu’il a grandi.
Et s’il inscrit son territoire d’origine dans la fameuse “diagonale du vide” théorisée par le géographe Robert Chapuis, il reconnaît aussi y puiser une part importante de son inspiration.
Après le thriller agricole qu’était Petit Paysan, il poursuit donc dans une veine intimiste avec le parcours de deux jeunes à la dérive qui, suite à un mauvais coup, se retrouvent contraints de faire leurs preuves (trouver un travail régulier, arrêter toute consommation d’alcool ou de stupéfiants) afin d’éviter une peine de prison.
Si la proposition peut sembler un peu conventionnelle, elle s’en extrait principalement à travers l’amitié aussi puissante que dysfonctionnelle qui unit les deux principaux protagonistes, Mika et Daniel, et par la manière dont elle tire parti de ses décors (bowling, site nucléaire) pour distiller des ambiances qui flirtent avec le surnaturel, et expriment à la fois l’oppression dont souffre Daniel et le mal-être qui l’étreint.
Venant en contrepoint, les dialogues apportent au contraire une part de légèreté et d’humour qui évitent de porter un regard trop sombre sur la réalité dans laquelle évoluent les personnages. Ainsi, naviguant entre différents enjeux (sociaux, médicaux, mais aussi tout simplement humains), et s’autorisant les ruptures de ton, le cinéaste suit une ligne qui s’éloigne de celle qui était attendue, pour se concentrer véritablement sur les liens entre les deux amis, et leurs trajectoires intimes, ensemble et séparément. Il propose ainsi en filigrane le portrait ténu mais attachant d’un lieu et de ceux qui l’habitent.
Marie-Pauline Mollaret
Film français d’Hubert Charuel (2025), avec Paul Kircher, Idir Azougli, Salif
Cissé. 1h50