Berlinguer, la grande ambition

Autour du cercueil d’Enrico Berlinguer, en juin 1984, veillent Fellini, Antonioni,
Scola, Angelopoulos, Lizzani, Rosi.
mort prématurée du secrétaire général du Parti Communiste bouleverse le pays, y compris évidemment le monde du cinéma. L’échec du projet de compromis historique, bloqué par l’assassinat d’Aldo Moro en 1978, puis par la mort de Berlinguer, fait partie des catastrophes historiques qui ont paralysé la possibilité d’un vrai renouvellement démocratique en Europe. Le cinéma l’avait salué deux fois jusqu’à maintenant : en 1977, Berlinguer ti voglio bene (“B. je t’aime”), premier film réalisé par Roberto Benigni et, après la mort du dirigeant L’Addio a Berlinguer, documentaire signé par une trentaine de cinéastes italiens. C’est aujourd’hui une fiction, où le protagoniste est interprété par le grand Elio Germano, un récit historique fidèle où l’intimité familiale est mêlée à la grande politique.
Les trois enfants Berlinguer ont contribué au scénario, qui commence par l’accident de voiture survenu en Bulgarie en septembre 1973, auquel Berlinguer échappa de peu. Évidemment un attentat.
Les Français qui craindraient de ne pas tout saisir des événements peuvent être rassurés.
Le film réussit l’exploit d’être parfaitement clair et profondément politique.
Il résume, au-delà de l’Italie, les déceptions et les espérances qui obsèdent tout citoyen conscient depuis au moins un siècle.
Andrea Segre réalise à la fois une leçon de cinéma et une bonne action.
René Marx
Berlinguer la grande ambizione. Film italien d’Andrea Segre (2024), avec Elio
Germano, Roberto Citran, Elena Radonicich. 2h02.