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La mort n’existe pas

La mort n’existe pas

Dans une capsule promotionnelle diffusée par La Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes où le film est sélectionné en mai 2025, au début de l’entretien filmé, à la question : « Quelle était votre idée de départ ? », le réalisateur de La mort n’existe pas, Félix Dufour-Laperrière précise: « En octobre 1970, un groupe, le Front de libération du Québec a enlevé un ministre et un délégué britannique. Le gouvernement canadien a instauré la loi martiale. Ça été un événement marquant de l’histoire politique moderne du Québec. Ma première intuition, au tout départ, c’était de prendre les événements d’octobre 1970, de les faire rencontrer Alice aux pays des merveilles et de les ramener dans le Québec contemporain. Je voulais ramener ce contexte-là, ces tensions, ce que ça soulève comme questionnements… »


En ouverture, nous suivons les échanges entre les membres d’un groupe de cinq jeunes révolutionnaires, trois garçons et deux filles. Il y a Hélène, la plus déterminée, celle qui, avant l’assaut, balaie toutes les interrogations de ses camarades.

Sa meilleure amie qui doute de la pertinence de l’action mais se laisse convaincre.

Marc qui est secrètement amoureux d’Hélène… Au cours de cette discussion, les militants prononcent des phrases que n’auraient pas renié les membres de la cellule Chénier du FLQ: « Une fois lancée, on ne regarde plus en arrière. » et « On ne  pourra pas dire qu’on est resté là à rien faire. » L’attaque tourne au carnage.

Après qu’ils ont abattu plusieurs gardes du corps et le vieux propriétaire de l’immense domaine (qui n’est pas sans rappeler celui de la richissime famille Desmarais, moins par son architecture que par ses gigantesques volumes), quatre membres du commando sont tués. Hélène, tétanisée, n’est pas rentrée dans le domaine et assiste, passive, au massacre.


Rongée par sa trahison, elle s’enfuit dans la forêt… Cette introspection sur la culpabilité d’agir ou de ne pas agir au moment de commettre une action violente collective, était déjà à l’œuvre dans le très long métrage de fiction québécois Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau de Mathieu Denis et Simon Lavoie (2016). Ici, elle constitue le cœur du film. Dans la seconde partie de ce film animé, moins réaliste, il est souvent question de deuxième chance. Aussi, nous revoyons se dérouler l’affrontement armée.

Cette fois Hélène ne se dérobe pas et y participe pleinement. Cela change le déroulement de la bataille et permet aux révolutionnaires de prendre le dessus. Même si, nous rappelle Félix Dufour-Laperrière, dans la vraie vie, il n’y pas de seconde prise et la mort existe… Dans les dernières minutes, terribles et spectaculaires, la révolution, tel un tsunami, emporte tout sur son passage.

Barbara Ulrich, la veuve du grand cinéaste Gilles Groulx et l’actrice principale du premier chef d’œuvre du cinéma québécois, Le Chat dans le sac (1964) prête sa voix à la milliardaire handicapée et revenue de tout. Le réalisateur déclare à son sujet dans La Presse du 15 mai 2025 : « Groulx c’est ma référence ultime dans le cinéma québécois. Je voulais une dame âgée dont la voix trahit l’âge, mais avec quand même une énergie ; Barbara, c’est quelqu’un de fort. Réaliser un film d’animation demande une patience infinie. De long métrage, encore bien plus. Au Québec, rares sont les cinéastes à relever ce défi. Après avoir signé Transatlantique (2014), un essai documentaire, Félix Dufour-Laperrière se fait remarquer en réalisant en 2018 un premier long métrage animé : Ville neuve.


Cette histoire d’amour se déroulant au milieu des années 1990 sur fond de référendum sur l’indépendance du Québec, nécessite la création de plus de 80 000 dessins ! Le film est présenté à la Mostra de Venise et dans plusieurs manifestations internationales. Moins facile d’accès, Archipel (2021) explore avec d’autres techniques d’animation un Québec intime et politique. Nul doute que La mort n’existe pas va propulser ce natif de Chicoutimi vers les sommets du cinéma d’animation mondial.


Sylvain Garel
Film d’animation franco-québécois de Félix Dufour-Laperrière, avec les voix de Zeneb
Blanchet, Karelle Tremblay, Mattis Savard-Verhoeven. 1h12

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