l'avant scène cinéma

Rapaces

Rapaces

Zeitgeist oblige, les films sur les violences envers les femmes se multiplient. Rapaces en est un nouveau, mais pas comme les autres. Son sujet (une enquête sur le meurtre d’une jeune femme) laissait craindre un nouveau polar qui, tel La Nuit du 12, ferait passer la thématique avant la dramaturgie, martelant un message de façon transparente. Le film de Peter Dourountzis évacue immédiatement cette crainte en incarnant le thème dans le personnage d’Ava (joué par Mallory Wanecque, vue dans Pas de vagues et L’Amour ouf), une jeune bien de sa génération, forte de caractère et particulièrement sensible aux maltraitances misogynes. La cohabitation difficile avec son père, avec qui elle mène l’investigation, fait subtilement comprendre un clivage générationnel.


Mais là où film surprend le plus agréablement, c’est dans son premier mouvement. Car cette fois, ce ne sont pas des policiers qui mènent l’enquête, mais des journalistes de Détective. De manière inattendue, le film se focalise moins sur la recherche d’un coupable que dans la manière fourbe dont ces protagonistes soutirent des informations (notamment en mentant aux proches des victimes) et dans la façon dont ces chroniqueurs réfléchissent à comment ils vont faire le récit des événements. L’approche est assez fine, explorant avec une certaine subtilité les différentes modalités de l’écriture du journalisme sensationnaliste.


Le spectateur se surprend à rêver : et si nous avions affaire à un polar français d’un nouveau genre, sorte de Truman Capote (Bennett Miller, 2006), en plus modeste assurément, de la presse franchouillarde ?

Curieusement, le film abandonne cette piste en cours de route, ainsi que nombre de rôles secondaires pourtant joués par de bons acteurs, pour se concentrer sur le père et sa fille concluant l’enquête.

Le déroulé se fait alors plus attendu, de façon certes agréable, notamment lors d’un climax de suspens mis en scène avec une certaine efficacité, mais sans génie. Paradoxale sensation que laisse ce nouveau long métrage, donc : déconcertante et intrigante au départ, mais à l’arrivée légèrement décevante.


Tancrède Delvolvé


Film français de Peter Dourountzis (2025), avec Sami Bouajila, Mallory
Wanecque, Valérie Donzelli, Stefan Crépon, Jean-Pierre Darroussin. 1h43

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